Les canaux de mars

  1. L’histoire des canaux de Mars
  2. La cartographie des canaux
  3. Quelle explication rationnelle à l’observation des canaux de Mars ?

L’histoire des canaux de Mars

Portrait de Giovanni Schiaparelli
Portrait de Giovanni Schiaparelli, illustration d’Achille Beltrame extraite du magazine italien « La Domenica del corriere » du 28 octobre 1900

En 1877 l’astronome italien Giovanni Schiaparelli publie une carte détaillée de Mars où figurent différentes structures, certaines sont appelées « canali », un mot italien qui signifie « chenal » et désigne des sillons naturels d’écoulement de l’eau mais « canali » est improprement traduit par « canal » qui correspond à une création artificielle. Cette petite erreur de traduction suffit à mettre le feu aux poudres, les imaginations s’enflamment et la planète rouge se peuple pour le grand public et de nombreux astronomes de « petits hommes verts ». Schiaparelli s’oppose dans un premier temps à cette thèse, pour lui les mers et les océans de Mars n’ont pas plus de réalité que ceux de la Lune, il ne s’agit que de termes poétiques pour désigner des structures de nature encore inconnue, il est pour lui alors hautement imprudent d’envisager l’existence de canaux martiens. Pourtant le nombre d’adeptes soutenant cette thèse ne cesse de croître et Schiaparelli lui-même se laisse convaincre publiant régulièrement des cartes de Mars comportant de nouveaux canaux. L’un des partisants les plus farouche des canaux martiens sera Percival Lowell qui fonde l’observatoire Lowell à Flagstaff (Arizona) dédié à l’observation de Mars, il défendra la théorie des canaux jusqu’à sa mort (en 1916) alors que la majorité des astronomes s’en étaient déjà détournés. Le déclin de cette théorie est amorcée en 1909 lorsque l’astronome français Eugène Antoniadi présente les résultats des observations réalisées avec l’exceptionnelle (pour l’époque) lunette de 83 cm d’ouverture de l’observatoire de Meudon (la plus grande d’Europe): les canaux ne sont qu’une illusion. Pourtant la croyance persiste et le 27 août 1911 on peut même lire dans le New York Times: « Les martiens ont construit deux immenses canaux en deux ans. Un énorme travail d’ingénierie accompli en un temps incroyablement cours pars nos voisins planétaires. » Seule l’ère spatiale permettra de mettre un terme aux espoirs de l’existence d’une civilisation martienne, en 1964 le survol de Mars par la sonde américaine Mariner 4 et ses clichés d’un monde désertique parsemé de cratères finit convaincre les derniers septiques. Les martiens n’existent pas même si l’esprit humain croit régulièrement déceler les traces d’une vie intelligente sur Mars (un visage, des pyramide, des souris…) sur les photos transmises par les orbiteurs et les rover.

La cartographie des canaux

Entre 1878 et 1909 les canaux martiens se imposés comme une réalité au point qu’une bonne partie des astronomes de l’époque réalisaient des observations destinées à les cartographier. Ainsi plusieurs dizaine de cartes, plus ou moins détaillées des canaux ont été publier. On peut mentionner:
  • Les cartes de Giovanni Schiaparelli
Schiaparelli, carte de canaux de mars, 1877
Carte de 1877
Schiaparelli, carte de canaux de mars, 1879
Carte de 1879
Schiaparelli, carte de canaux de mars, 1886
Carte de 1886
Schiaparelli, carte de canaux de mars, 1888
Carte de 1888
  • La carte d’Henri Perrotin et de Louis Thollons.
Perrotin et Thollon, carte de canaux de mars, 1886
  • L’une des cartes de Percival Lowell
 carte-mars-18-lowell

Quelle explication rationnelle à l’observation des canaux de Mars ?

Une question subsiste pourtant: comment de si nombreux et souvent prestigieux astronomes ont-ils pu voir des canaux qui n’existaient pas ?
Plusieurs hypothèses ont été formulées:
  • L’hypothèse psychologique
L’idée d’une vie sur Mars était tellement fascinante que la plupart de astronomes ont voulu y croire et finalement ils ont vu ce qui permettait de conforter cette théorie, à savoir des ligne-canaux preuves d’une vie intelligente et technologiquement avancée. Deux arguments peuvent aller dans ce sens, le premier est la qualité encore très mauvaises des images formées par les télescopes de l’époque qu’il fallait, au moins en partie « interpréter » pour en tirer un Schéma. Le deuxième argument repose sur le mécanisme de la vision humaine, une bonne partie des images que nous percevons passent par le filtre d’une « reconstruction mentale » (en partie en raison d’une zone aveugle au centre de l’oeil). A ces deux arguments on peut aussi ajouter la fatigue visuelle qu’engendraient souvent plusieurs d’attentes pour obtenir les meilleurs conditions d’observation.
On peut cependant objecter à cette hypothèse que le premier à observer ces canaux, Giovanni Schiaparelli, ne croyait pas à leur origine artificielle et qu’il n’a pas pu être influencé par ses croyances ou celle des ses prédécesseurs. Il faut tout de même noter que Schiaparelli souffrait de daltonisme et il est possible qu’il ait pu prendre pour des « lignes » (ou des canaux) ce qui correspondant en réalité aux contours de zones de teintes différentes.
  • Une illusion d’optique

D’après cette hypothèse l’observation de « lignes » assimilée à des canaux est liée à une illusion d’optique. L’oeil humain lorsqu’il voit une série de structure indépendantes les une des autre mais très proche aurait tendance à les relier. Ce phénomène peut être observée de manière assez simple avec les lignes d’un texte: à proximité on peut distinguer les différentes lettres ainsi que les mots mais au fur et à mesure que l’on s’éloigne tous les caractères et les mots semblent se joindre pour ne former qu’une ligne continue. Le phénomène aurait pu se produire avec les images peu détaillées des télescopes de l’époque, l’oeil de l’astronome aurait naturellement reliées entres elles des structures sombres distincte mais proches.

  • Le reflet d’un oeil
William Sheehan et Thomas Dobbin, des historiens de l’exploration du système solaire, se sont penchés sur les différentes observations réalisées par Percival Lowel. Ils ont eu la surprise de retrouver des réseaux de lignes sur ses schémas de Mercure et Venus assez proches entre eux et de ceux de Mars, ce qui les a amené à suggérer que ces réseaux de lignes coïncidaient avec les vaisseaux sanguins de l’oeil de l’observateur. Il est en effet possible que les canaux observés par chaque astronome ne soient rien d’autre que la réflexion des vaisseaux sanguins de leur propre oeil par la lentille de l’objectif du teléscope. Cette hypothèse peut expliquer la cohérences des relevés effectuer par la même personne ainsi que les incohérences entre différentes cartes.

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